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1er prix 9-13 ans: « L’Arbre » de Mathilde Villey (chapitre 1)

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« L’Arbre » de Mathilde Villey, 13 ans, a remporté le 1er prix du concours d’écriture Imazine de l’association Lilomots dans la catégorie « individuel » 9-13 ans. La suite demain soir sur notre site!

Chapitre 1

« Calme-toi, arrête de tirer, Jupi ! »
Nullement perturbé par mes protestations, Jupiter continue sa course effrénée dans les champs. Je peste en mettant les pieds dans une flaque de boue. Pourquoi avais-je envie d’un chien déjà ? Celui-ci veut ma mort apparemment. Sa laisse me lacère douloureusement le poignet, me faisant regretter l’excellente idée que j’avais eue d’aller le promener.

Je lève les yeux vers la petite colline où est rassemblée toute ma famille ; ils sont dans le kiosque n°7, le porte-chance. Sans doute mangent-ils le dessert à présent.
Accaparée par ces pensées, je ne remarque pas que Jupi s’est arrêté. Pointant sa petite truffe en direction d’un buisson, il grogne légèrement.
Qu’est-ce ? Un lièvre, un tangue ? Je m’approche doucement de lui et écarte les branches. Des caquètements affolés se font entendre et une boule de plumes multicolore s’enfuie précipitamment. Bondissant, mon berger se lance à la poursuite de l’animal. Je le suis aussi vite que possible, me frayant un passage parmi les herbes hautes.
Nous sommes rentrés dans la forêt des nymphes.
Cet endroit sombre et peu accueillant est vierge de toute installation humaine. Et pour cause ! Une ancienne légende circule sur ces bois reculés.

Au temps où les noirs étaient encore asservis par les blancs, vivait une jeune femme nommée Lata Hulu. Lata aimait la compagnie des bêtes plus que celle des hommes, s’enfuyant dans la forêt dès qu’elle y parvenait.
Au centre du sous bois coulait une magnifique cascade dans laquelle elle aimait se rafraîchir.
On raconte que Lata s’était liée d’amitié avec les nymphes qui y vivaient.
La jeune esclave communiquait avec la nature, elle parlait aux arbres et ils lui répondaient. Ils souhaitaient que Lata devienne leur ambassadrice et les défende auprès des hommes. Selon eux, elle était vouée à un grand destin.

Mais, fâché de son insolence et de ses fuites toujours plus longues, son maître décida de lui infliger un châtiment exemplaire : il lui fit donner cinquante coups de fouet, puis l’attacha à un jeune manguier qui poussait près du cours d’eau.
Avant de la laisser mourir de ses blessures, il lui lança : « Puisque tu aimes tant la forêt, tu en feras partie pour toujours ! »
Et il partit, sans se douter qu’il venait de donner une idée aux nymphes. Incapables de la sauver, celles-ci désiraient qu’elle continue de veiller sur les bois.

Elles mélangèrent son âme à celle du manguier pour n’en faire plus qu’une. Ainsi Lata continuerait de vivre, veillant sur la forêt jusqu’à la fin des temps.

Les créatures de l’eau ne s’arrêtèrent pas là. Furieuses du sort funeste qui venait de toucher leur amie, elles réclamaient vengeance.
Emportées par leur colère, elles unirent leurs forces pour provoquer une gigantesque inondation. Tous les habitants du village furent noyés par les flots. Ce fut cinquante personnes qui trouvèrent la mort.
On raconte que les divinités se sont retirées derrière la cascade, pour y vivre loin des hommes et de leur barbarie. Personne n’osa plus troubler leur repos, et la forêt maudite fut laissée à l’abandon.
Voilà pourquoi, en pénétrant dans ces lieux, je suis si peu rassurée.

Jupiter a cessé de courir et renifle le sol à la recherche de sa proie. J’avance doucement parmi la dense végétation, en prenant bien garde aux endroits où je pose mes pieds.
Guidée par mon chien, je découvre une trouée dans le couvert des arbres.
Là, devant moi, s’étend une petite prairie au centre de laquelle coule une cascade d’eau limpide. Comme c’est beau !
Dans l’herbe fraîche gambadent quelques lapins, et dans le ciel des pailles-en-queue poussent des piaillements. Au sol, des fleurs aux couleurs chatoyantes prospèrent deci-delà, leur douceur illuminant la délicate pelouse.
Je suis subjuguée par la beauté de ce lieu enchanteur, que la légende a protégé à sa manière. Mais mon extase est rapidement interrompue par Jupi qui a repéré l’animal multicolore surpris plus tôt dans le buisson. Enchanté, il se lance à nouveau à sa poursuite. Nous voilà repartis pour un tour !

La boule de plumes court à une vitesse stupéfiante, si vite qu’elle semble voler. D’ailleurs, n’est-ce pas ce qu’elle fait ? Je ne parviens pas à la voir clairement.
L’animal se dirige droit sur la falaise, de laquelle se déversent des trombes d’eau.
On se rapproche, et mon chien tire de toutes ses forces sur la laisse. J’essaie de le ralentir mais c’est peine perdue. Il est plus robuste que moi et la pente légèrement descendante joue en sa faveur.

Arrivé devant la roche il bondit, et ses mâchoires claquent dans le vide. L’oiseau s’est volatilisé.
Mais où est-il passé ? Cela n’a pu être une vision, mon berger lui a bien donné la chasse. Quelle créature avons-nous donc aperçue ?
Frustré, Jupiter renifle le sol à sa recherche, pendant que je profite de ce répit pour observer la forêt.
A une dizaine de mètres environ sur notre gauche, pousse un gigantesque manguier dont la base est dissimulée par un épais fourré. Le sort a voulu qu’il grandisse collé à la falaise, à tel point que son tronc semble y être mêlé. Telle une plante grimpante, l’arbre s’y accroche comme si sa vie en dépendait.

Impressionnée par la majesté du géant, je suis prise d’une envie de le toucher, de coller ma main à son tronc. Je m’avance tranquillement, observant minutieusement chacun de ses petits détails, des racines aux branches les plus élevées.
Une fois devant lui, je m’accroupis. Une forte odeur d’humus parvient à mes narines ; sur le sol, une colonie de fourmis rouges transporte les morceaux de ce qui a dû être une araignée.
Fascinée par leur procession, je les suis du regard, écartant des mains le fouillis de branchages.
A mon grand étonnement, la petite troupe ne passe pas à côté mais
dans le tronc !
Une ouverture béante, assez large pour laisser entrer un homme traverse le tronc du géant. J’avance une main prudente pour en tapoter l’intérieur. Cela semble creux.
Grandement intriguée, je décide de m’introduire dans le tronc. Je tremble un peu, mais la présence rassurante de mon chien me pousse vers l’avant.
A quatre pattes, j’avance sur quelques mètres dans ce qui me paraît être un tunnel.
Je me fais l’effet d’une taupe s’enfonçant dans les entrailles de la Terre.

Baignant dans une semi obscurité, je parviens cependant à distinguer devant moi les contours d’une porte en bois. Une porte ?
Comment est-ce possible ? Y aurait-il des gens ici ?
Je m’aperçois qu’elle est entrouverte, laissant passer un fin rayon de lumière. Emportée par la curiosité, je la pousse du bout des doigts.


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