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« L’Arbre » de Mathilde Villey (chapitre 2)

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« L’Arbre » de Mathilde Villey, 13 ans, a remporté le 1er prix du concours d’écriture Imazine de l’association Lilomots dans la catégorie « individuel » 9-13 ans. La suite demain soir sur notre site.

Chapitre 2

Les yeux écarquillés, je découvre une grotte magnifiquement aménagée, au centre de laquelle trône un bassin sculpté à même la pierre. Le sol est tapissé de nattes en bambou, les murs ornés de peintures. Des étagères sont accrochées aux parois, rassemblant livres et carnets.
Au fond de la pièce, un mur d’eau nous isole du dehors, nous apportant la lumière et nous cachant aux yeux du monde. La puissante cascade alimente le bassin par une fine rigole encadrée de fougères et d’hibiscus. Comme c’est ingénieux ! Je suis stupéfaite.

A petits pas, mon chien sur les talons, je me dirige vers le creuset avec l’idée d’y tremper les pieds.
Quelle n’est pas ma surprise lorsque je découvre, baignant dans l’eau transparente, une jeune femme !
Le corps dissimulé par des herbes aquatiques, seul son visage est visible. Elle arbore une peau nacrée, une petite bouche en cœur aux lèvres rosées, un nez fin, des sourcils bien tracés et d’épais cheveux décrivant un ballet sans fin dans l’eau mouvante. Sa
tête est immergée, reposant sur un oreiller d’algues aux couleurs vives. Je constate que ses yeux sont fermés.
Est-ce un cadavre que je contemple ? Effrayée, je la saisis par les épaules, voulant la sortir du bassin.
Ses paupières s’ouvrent brusquement, laissant apparaître deux yeux verts en harmonie avec la végétation alentour. Je pousse un cri et trébuche sur le sol, manquant de tomber à la renverse.

La femme se lève, apparemment aussi surprise que moi, voilant sa nudité d’une étoffe. Sortant de l’eau, elle ne me lâche pas une seule seconde du regard.
Je lui présente mes excuses pour m’être introduite chez elle et pour l’avoir dérangée, mais elle ne me répond pas. Esquissant un petit sourire, elle s’avance tranquillement vers moi. Je décide de ne pas bouger, et la femme pose ses mains sur mes tempes. Elles sont fraîches et encore humides, un frisson me parcourt.

Aussitôt je suis prise dans un tourbillon d’émotions, d’images et de senteurs ; je ne fais plus qu’un avec la femme et elle me montre son passé.

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Mathilde Villey. (photo G. Gu)

Je découvre qu’elles étaient trois sœurs, une blonde, une brune et une rousse. Trois nymphes qui vivaient en harmonie avec la nature.
J’assiste à l’arrivée de la jeune esclave Lata, reconnaissable à sa peau noire et ses vêtements en lambeaux, à la profonde amitié qui se noue entre les quatre jeunes filles, à son dévouement pour la forêt, aux espérances que les divinités placent en elle.
Puis, impuissante, je suis témoin de son châtiment. Je ressens la détresse des trois sœurs, tentant de la sauver sans y parvenir.
Je les vois la réincarner en arbre, et faire serment de la venger. Avec stupeur, je me rends compte que la légende dit vrai, et qu’aveuglées par la colère, elles noyèrent tout un village.
Je les observe ensuite, rongées par le remords d’avoir tué tant d’innocents, aller et venir sans but dans la grotte, pleurer les morts sans trouver d’intérêt aux vivants.

Et puis un jour, je vois la rousse aux si beaux yeux verts entrer dans la caverne, un sourire radieux aux lèvres. Elle émet des sifflements mélodieux, probablement son moyen de communication. Ses sœurs paraissent tout d’abord réticentes à ses propos, mais finissent par hocher la tête de concert.
Ensemble, elles s’agenouillent pour former un cercle, se prenant par la main. Les yeux fermés, elles psalmodient en cœur des incantations. Leur poitrine se soulève avec effort, de la sueur goutte sur les fronts, leurs muscles sont crispés.
Tout à coup, la grotte se remplit de murmures, et des créatures bleutées au visage humain apparaissent.
Des esprits. Cinquante esprits.
Mes poils se hérissent tandis que je pense « Les victimes de l’inondation ! »
Les êtres de lumière se rassemblent à l’intérieur du cercle, chuchotant dans une langue qui m’est inconnue.
Au rythme des paroles, leur physionomie se modifie. L’abdomen rétrécit, les jambes se placent sous le ventre, les bras se replient contre le corps et la tête prend une forme triangulaire. Les cheveux se mêlent aux poils pour grandir davantage, prenant des teintes multicolores. Chaque plume ainsi formée possède une nuance différente.

Des oiseaux !


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