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Le mystère de la « timize » enfin résolu

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Pendant 130 ans, on a cru que la « timize » avait disparu, comme le dodo. mais en utilisant du matériel technologique de pointe, et après des années de recherche, des scientifiques et passionnés ont enfin découvert le nid de cet oiseau qui ne se reproduit qu’à La Réunion.

« Un chien pas comme les autres »

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Connais-tu Life ? Ce jeune « Royal Bourbon » est un chien pas comme les autres : il est dressé pour trouver les nids des oiseaux marins ! Avec son maître Patrick Pinet il crapahute dans les Hauts de l’île, à la recherche des colonies de pétrels. Ces oiseaux nichent souvent dans des endroits isolés et que les scientifiques aimeraient en savoir plus sur leur mode de vie. Patrick Pinet, justement, est le responsable scientifique du projet Life+ Pétrels (*). Il a longtemps étudié les pétrels de Barau, une des deux espèces endémiques (*) de La Réunion, mais un mystère l’intriguait, comme beaucoup de scientifiques et d’ornithologues (*) : depuis plus de 130 ans, un oiseau mystérieux échappe à tous les regards

Un oiseau mystérieux

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Il s’agit du pétrel noir de Bourbon. On l’appelle aussi « timize » en créole. Pendant longtemps, parce qu’on n’en voyait plus, on a même pensé qu’il avait complètement disparu. Or, comme cet oiseau ne se reproduit qu’à La Réunion, s’il avait disparu de notre île, il aurait aussi disparu de la surface de la planète, comme le célèbre dodo. Heureusement, il n’en est rien. Tu sais déjà que les pétrels, quand ils s’envolent de leur nid, la nuit, sont guidés par la lumière des étoiles et de la lune, qui se reflètent sur l’océan. Et que parfois, certains sont désorientés par l’éclairage de nos villes. Alors ils s’échouent. Comme ils ont de grandes ailes, ils ne peuvent pas redécoller. La Séor (*) les recueille et leur permet de s’envoler. Généralement, il s’agit de pétrels de Barau. Mais il est aussi arrivé que quelques pétrels de noir de Bourbon s’échouent. C’est comme cela que l’on a su que l’espèce n’était pas éteinte.

Du matériel militaire

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On voit très peu de pétrels noirs de Bourbon dans le ciel de La Réunion. D’une part, parce qu’ils sont rares. Ils font partie des 15 espèces les plus menacés au monde de disparition. Ensuite, comme leur nom l’indique, parce qu’ils sont noirs. Et comme ils ne survolent La Réunion qu’à la nuit tombée (le jour, et parfois pendant des semaines, ils sont en mer), il est impossible de les distinguer dans l’obscurité.

Alors la cellule Life+ Pétrels, composée de scientifiques et de passionnés, a mis en oeuvre des moyens technologiques nouveaux pour étudier cet oiseau. Elle a commencé par enregistrer ses cris, la nuit, avec du matériel acoustique spécial. Il y a même eu des outils informatiques pour faire le tri entre les cris des différents oiseaux. Elle a aussi fait appel à des lunettes thermiques, qui permettent la vision nocturne. D’habitude, ce genre d’équipement est utilisé par les militaires.

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Et en novembre dernier, grâce à cette technologie, une équipe de cordistes (*) a réussi à descendre le long d’une falaise inaccessible par les moyens classiques et découvrir le premier nid de pétrels noirs de Bourbon depuis un siècle et demi, ou plutôt un « terrier » (voir ci-dessous).

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Un trésor bien cachée

Christophe Caumes, le premier à avoir vu le nid et ses occupants, n’en revient toujours pas. Cela fait plus de quinze ans qu’il cherche et il a l’impression d’avoir trouvé un trésor. A l’intérieur du nid, il y avait un couple de pétrels noirs de Bourbon. Il les a pris en photo. C’est la première fois que cela arrive !
Désormais, il va falloir préserver cette espèce menacée. Parce que les chats et les rats attaquent souvent les nids pour manger les oeufs et les poussins. Et qu’avec le développement de La Réunion, il y a des moins en moins de zones où l’homme ne va pas. Il faudrait peut-être imaginer un « sanctuaire », c’est-à-dire une zone où les pétrels noirs de Bourbon pourraient construire leurs nids en toute sécurité. La « timize » n’est pas encore sauvée, mais un grand pas vient d’être fait.

Nid ou terrier ?

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On ne parle pas vraiment de « nid » pour les pétrels, mais de « terrier ». Eh oui, les pétrels creusent ces terriers, qui sont parfois profonds d’un mètre de long, directement dans la falaise !

Lexique

Life+ Pétrels : Ce projet européen qui se poursuit jusqu’en 2020 regroupe les partenaires de la Séor, de l’Université, de la Brigade nature océan Indien, de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, et son financement de 3 millions d’euros reçoit l’appui de l’Europe, de la Deal et du Département de La Réunion. Plus d’infos : www.petrels.re

Endémique : cela signifie que cette espèce ne vit et ne se reproduit qu’à La Réunion, elle est donc unique au monde

Ornithologue : un scientifique professionnel ou amateur qui étudie les oiseaux

Séor : société d’études ornithologiques de La Réunion

Cordistes : ils se déplacent à l’aide de cordes d’escalade pour effectuer des travaux en hauteur et sur des lieux difficiles d’accès c’est-à-dire une zone où les pétrels noirs de Bourbon pourraient construire leurs nids en toute sécurité. La « timize » n’est pas encore sauvée, mais un grand pas vient d’être fait.

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Écoute le cri de cet oiseau mystérieux !

Si tu te rends sur le site internet du QJ (www.lequotidiendesjeunes. re), tu pourras écouter le cri du pétrel noir de Bourbon. C’est un cri particulier, que les habitants de Salazie, Saint-Joseph, Grand Coude ou encore Grand Bassin connaissent bien. Comme on l’entend la nuit, quand il fait noir, certains en ont même un peu peur !

Une dure vie de poussin

La vie du pétrel noir de Bourbon est encore mal connue des scientifiques. Mais elle se rapproche des pétrels de Barau, qui vivent environ 30 ans. Ils pondent un oeuf par an, et un seul. En cas de perte (maladie, attaque par un chat ou un rat), il n’y aura pas d’autre oeuf pendant un an. À tour de rôle, le mâle et la femelle partent en mer faire des réserves pendant que l’autre couve l’oeuf en jeûnant. Le poussin pèse de 20 à 25 grammes. Bien nourri par les parents (poissons, calmars) il atteint les 800 grammes, soit le double de ses parents. Certains sont tellement gros qu’ils ne peuvent sortir du terrier ! Le plumage du poussin commence à se développer, il peut désormais réguler sa température. Vers la fin mars, il sort à l’avant du terrier, bat des ailes, renforce ses muscles, tout en s’imprégnant des lieux, où il reviendra régulièrement, toute sa vie, pour se reproduire. Puis il se jette de la falaise et vole pour la première fois, guidé vers l’océan par le reflet des étoiles et de la lune.

Textes : Kévin Bulard


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