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Le corail est le refuge, le garde-manger et le nid d'amour des poissons Crédit : Lauric Thiaut

Le corail sous pression

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Si tu t’es baigné(e) dans le lagon pendant les vacances, tu as peut-être remarqué que certains coraux étaient tout blancs. D’autres partiellement, tandis que d’autres encore arboraient toujours de belles couleurs. Depuis plusieurs mois, les coraux traversent en effet un épisode de blanchissement, une réaction due au stress. Pourquoi sont-ils stressés  ? Sont-ils morts  ? Comment les protéger  ? Le QJ te dit tout  !

Il n’a même pas 8 500 ans… Le «  très jeune  » récif corallien de La Réunion n’est pas au mieux de sa forme. Comme nous pouvons l’être parfois, le corail, lui aussi, est stressé. Et lorsqu’il stresse, les baigneurs et scientifiques peuvent le savoir car le corail blanchit. «  C’est une réaction naturelle qui se produit lorsque le polype expulse son algue symbiotique appelée «  la zooxanthelle  »  », explique Lola Massé, responsable scientifique de la Réserve naturelle marine de la Réunion (RNMR). Le polype, c’est le petit animal qui vit en symbiose avec son algue, c’est-à-dire que chacun apporte à l’autre ce dont il a besoin pour vivre. Lorsqu’il rejette l’algue, le polype perd alors «  80% de son énergie  » mais aussi sa couleur.

A La Réunion, les premières traces de blanchissement sont apparues à la fin du mois de février, sur toute la barrière corallienne. Les raisons de son stress sont nombreuses mais peuvent se classer en deux grandes catégories  : les causes climatiques et les activités de l’Homme. Ainsi, le corail doit à la fois tenter de s’adapter à des températures plus élevées que la normale saisonnière, due en partie au phénomène El Niño*, mais aussi aux cyclones, aux marées basses, et à l’urbanisation de l’île, au problème de traitement des eaux, à la pêche, à la pollution, etc.

Un refuge

Lorsqu’il blanchit, «  le corail n’est pas forcément mort  », indique Pascal Chabanet, directrice des recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Il commence ensuite sa phase de résilience, c »est-à-dire qu’il récupère  : le corail se «  réconcilie  » avec son algue, reprend des forces et des couleurs. Le problème, c’est qu’entre le climat de plus en plus chaud et les activités humaines qui le perturbent en permanence, pouvoir se reposer est bien difficile  ! Or, le corail n’est pas un caillou au fond de l’eau  : c’est un animal et un végétal qui a un rôle primordial. «  Le corail est au poisson ce que l’arbre est à l’oiseau, compare Pascal Chabanet. Il est son refuge, son garde-manger et son lieu de reproduction.  » Un corail qui meurt, c’est toute la faune et la flore du lagon qui est condamnée… et la planète menacée. Car sans coraux ni poissons ou mollusques, l’environnement terrestre est aussi complètement perturbé et l’économie d’une île, d’un pays en danger. Si la solution miracle n’existe pas, passionnés et scientifiques s’accordent à dire qu’il est aujourd’hui «  nécessaire de protéger le récif  » en modifiant nos comportements et en lui laissant le temps de vraiment récupérer.

* El Niño  : phénomène climatique mondial qui survient tous les deux à sept ans et provoque des hausses anormales des températures

Crédit : Reef Check

Crédit : Reef Check

Le corail, un drôle d’animal

S’ils en ont l’apparence, les coraux ne sont pas des cailloux mais bien des êtres vivants. A l’intérieur du squelette vivent en effet de drôles de petits animaux qu’on appelle «  polypes  ». Les polypes sont constitués de tentacules, un peu comme des méduses, et d’un orifice qui leur sert à la fois de bouche et d’anus. Lorsqu’elles naissent, les larves se fixent au fond de l’eau sur un substrat (support) solide comme par exemple une coulée volcanique. Une fois bien installée, la larve commence à se développer, à former son squelette et à se diviser en deux, puis encore en deux, et ainsi de suite. Ce sont des sortes de clones qui vivent tous ensemble et réagissent de la même façon. Voilà pourquoi on parle de colonie de polypes. L’autre partie du corail, c’est l’algue (ou zooxanthelle). Elle vit en symbiose avec le polype  : l’un ne peut pas vivre sans l’autre. La zooxanthelle fait sa photosynthèse, comme toutes les plantes sur terre, pour se nourrir et nourrir les polypes. En échange, les polypes offrent aux algues ce dont ils ont besoin et qu’elles ne peuvent pas produire. Un échange gagnant-gagnant  !

Si, si, il s'agit bien d'un animal !  Crédit : Thierry Peres

Si, si, il s’agit bien d’un animal !
Crédit : Thierry Peres

Suivre l’état de santé du récif  : moi aussi je peux le faire  !

Là encore, on a besoin de palmes, un masque et un tuba et de suivre le formation, gratuite. Un scientifique t’apprend à décrire les différents peuplements sous l’eau sur de petites surfaces. L’objectif de Reef Check est de «  faire participer les baigneurs, de les rendre acteurs  »comme l’explique Jean-Pascal Quod, président de l’association. Cela permet aussi aux volontaires de voir par eux-mêmes comment fonctionne un récif et de comprendre pourquoi il est important de le protéger.

Palmes, masque, tuba

Le récif corallien est surveillé et protégé par les scientifiques, notamment ceux de la Réserve naturelle marine de La Réunion. Elle s’assure que les gens respectent le corail, les sanctionne si ce n’est pas le cas et effectue des relevés une fois par an pour connaître l’état de santé du récif. Pour cela, ils enfilent des palmes, un masque et un tuba et observent ce qui se passe au fond de l’eau  : les signes de dégradation et de résilience (récupération), les espèces de poissons présents et leur nombre, etc… La même méthode scientifique est utilisée partout dans le monde.
Il est aussi possible de participer bénévolement au suivi de l’état de santé des récifs grâce au programme Reef Check.

Bénévole Reef Check formation

Bénévole Reef Check formation

«  Voir pour comprendre  »

La Réserve marine estime, elle aussi, qu’il est très important de voir ce qui se passe sous l’eau pour comprendre les enjeux liés au récif corallien. C’est pourquoi elle propose tout au long de l’année, lorsque les conditions le permettent, des actions de sensibilisation sur les plages, en particulier pour les jeunes. Les plus âgés (dès le collège) peuvent eux arpenter le sentier sous-marin avec les scientifiques, au lagon de l’Ermitage. L’année dernière, la découverte du sentier sous-marin a attiré plus de 1 500 personnes et un millier de touristes.

Crédit : Réserve marine

Crédit : Réserve marine

Quelques chiffres

2007  : l’année de naissance de la Réserve marine, créée parce que le récif corallien était en danger.

40%  : le recouvrement corallien actuel de La Réunion.

25 km  : l’étendue du récif corallien surveillé et protégé de notre île.

26° à 28°C  : la température idéale pour le corail.

35 grammes  : la teneur en sel idéale par kilogramme d’eau.

3 500  : le nombre d’espèces que le récif réunionnais abrite. Les récifs coralliens abritent les plus riches écosystèmes du monde en milieu marin.

93 %  : le taux de blanchissement de la Grande Barrière de corail en Australie.

2 ans et demi  : la durée de l’expédition de Tara Pacific. Le voilier est parti le 28 mai de Lorient avec à son bord des scientifiques et des artistes, dans le but de mieux comprendre les récifs coralliens, leur capacité de résistance, les facteurs de perturbation, etc.

Quelques conseils
Crédit : Amiel Kahirai

Crédit : Amiel Kahirai

Ne pas ramasser de corail ni de coquillage, mort ou vivant.

Ne pas le toucher pour ne pas le casser et faire attention quand on marche dans l’eau  : de minuscules coraux sont peut-être en train de s’y former.

Ne pas retourner les blocs de coraux et ne pas déranger les animaux marins.

Ne pas laisser de déchets sur la plage.

Faire attention à ne pas casser le corail avec nos pagaies, nos palmes, etc.


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