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2e prix « 9-13 ans »: « Le monde perdu de La Réunion »

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« Le monde perdu de La Réunion » de Dimitri Giraud, 12 ans, a remporté le 2e prix du concours d’écriture Imazine de l’association Lilomots, dans la catégorie « individuel 9-13 ans ».

Le monde perdu de La Réunion

C’est lors d’un pique-nique familial dans les hauts que tout à commencé :

Nous avions terminé notre repas et j’étais parti explorer les alentours de notre lieu de pique-nique pendant que mes parents discutaient. Je m’apprêtai à revenir sur mes pas quand, soudain, un carré de fougères se mit à bouger et un smilodon (plus connu sous le nom de tigre à dents de sabre) en émergea dans un fouillis indescriptible de feuilles mortes. Imaginez un peu ma stupeur quand je le vis : il était censé avoir disparu il y avait de cela des milliers d’années et n’aurait jamais dû exister à la Réunion. Comme il ne m’avait pas vu, je me mis à le suivre jusqu’à une sorte de tunnel s’enfonçant dans les profondeurs de la terre dans lequel il entra. Poussé par la curiosité, je fis de même…

Je perdis rapidement toute notion de temps : heures, jours, minutes, tout cela n’avait plus aucun sens pour moi. Seul le cliquetis régulier des griffes de ce prédateur tant redouté d’un autre âge m’empêchait d’abandonner cette poursuite et périr, oublié de tous. C’était en quelque sorte mon fil d’Ariane me tirant hors du labyrinthe auquel s’apparentait cet enchevêtrement de tunnels souterrains dans lequel j’errais. Les parois, tapissées de champignons au goût fade, m’offraient le ravitaillement nécessaire à ma survie car seule la faim me prouvait que la durée de ce « voyage » était grande. De temps à autre, j’apercevais une raie de lumière jaune, telle une flèche me montrant le chemin. Je remarquai que plus je m’avançais plus la chaleur s’intensifiait.

Au bout d’une durée indéterminée, je débouchai sur une grande salle rougeoyante à l’intérieur de laquelle se trouvait un lac de magma fumant. Derrière, caché par les émanations volcaniques s’épanouissait une forêt primaire luxuriante. Malgré le danger de la brûlure des entrailles du volcan (car c’était là que je me trouvais), le smilodon s’élança sur les rochers émergeant du magma pour rejoindre l’autre rive en un clin d’œil et disparaître entre les arbres. Me sachant incapable de retrouver le chemin par lequel j’étais arrivé, je décidai de traverser à mon tour. Le passage s’effectua sans encombre (si l’on excepte une petite glissade m’ayant coûté la semelle de ma chaussure gauche) et j’arrivai rapidement sur la berge où je décidai de me reposer.

Je fus réveillé par un terrifiant rugissement émanant de la forêt n’augurant rien de bon. Par trois fois, il se répéta, chaque fois plus proche de mon « campement ». Je n’avais plus qu’une idée en tête : fuir. M’éloigner le plus possible de cette bête me traquant. Je compris rapidement que je n’étais plus que le jouet de cette cruelle créature. Je pris alors conscience de l’impuissance de l’homme face à la Nature, de sa faiblesse. Je m’enfonçai rapidement dans la forêt et arrivai auprès d’une sorte de clairière au centre de laquelle se dressait un arbre gigantesque dont les branches allaient jusqu’à la voûte de roche volcanique afin de la soutenir, comme pour éviter son effondrement. Je m’empressai de m’agripper à sa première branche pour y monter et me mettre hors de portée de l’animal qui était à mes trousses et bien m’en prit, car il arriva juste après.

C’était une sorte de petit tigre au pelage jaune orange rayé de noir dont le long museau laissait penser à une parenté avec le loup (j’appris plus tard que c’était un loup de Tasmanie aussi appelé tigre de Tasmanie dont la race s’était éteinte il y avait une cinquantaine d’années) qui avait l’air très affamé. Pendant une durée que j’estime à deux ou trois jours, il campa sous la branche où j’avais élu domicile quand, rongé petit à petit par la fatigue, je tombai comme une pierre, droit sur lui…

Lorsque je repris connaissance, je me trouvai dans une cabane en bois, bien meublée, dans un lit. A mon chevet était assis un homme approchant de la cinquantaine aux cheveux noir comme le geai, au visage amical. Quand il vit que j’avais ouvert les yeux, il m’apporta à boire et à manger car, d’après ses dires, j’étais resté inconscient deux semaines durant lesquelles, nageant entre la vie et la mort, je n’avais rien bu ni mangé. Il m’expliqua qu’il était parti cueillir des plantes quand il m’avait entendu tomber de l’arbre et sauvé des griffes du loup de Tasmanie (il venait de m’apprendre son vrai nom) en endormant ce dernier grâce à des fléchettes tranquillisantes de sa composition. Malheureusement, ma tête ayant durement heurté le sol, j’avais sombré dans l’inconscience.

Il s’appelait Charles et était arrivé en cet endroit de la même manière que moi il y avait environ une quinzaine d’années après s’être installé à La Réunion pour fuir la société et tous ses vices. Il était alors devenu le Robinson Crusoé du piton de la Fournaise. Il avait décidé d’y rester en partie parce que, comme moi, à son arrivée, il était incapable de retrouver son chemin dans le piège volcanique que formait ce dédale de couloirs interminables, mais aussi pour protéger ce sanctuaire de l’homme qui, s’il prenait conscience de son existence, n’aurait de cesse de le chercher et finirait bien par y parvenir pour détruire tout l’écosystème qui s’y était développé. Charles m’expliqua que c’était comme si la plupart des espèces disparues ou presque avaient trouvé refuge ici : bison d’Europe, lion d’Asie, auroch etc. Les quelques spécimens que j’avais croisés n’étaient qu’une petite partie de la faune extraordinaire que recelaient les sous-sols de cette île merveilleuse qu’est la nôtre.

Je découvris rapidement en la personne de Charles un très bon compagnon prêt à tout partager avec moi : il m’amenait en expédition (elles avaient pour but de recenser les espèces qui vivaient en cet endroit magnifique), jouait avec moi et m’enseigner les bases du métier de zoologue qu’il avait exercé avant son arrivée sur l’île. Parfois, nous soignions des animaux blessés qui, sans notre aide providentielle, auraient étés voués à la mort. Je fis même connaissance avec un singe semi-apprivoisé de la race des gigantopithècus ayant existé à peu près à la même époque que le smilodon. Il venait de temps en temps quémander de la nourriture à notre cabane. Ce furent les plus beaux jours de mon séjour souterrain. Mais, le désir de rejoindre mes parents se faisait chaque jour plus fort. On aurait pu dire que, si Charles était le Robinson du volcan, j’étais son Vendredi à l’envie puissante de retourner à la civilisation.

Après l’avoir compris, Charles me proposa de partir mais pas de manière définitive. Ainsi, il me donna une carte m’indiquant le chemin à suivre pour rejoindre la surface. A mon départ, il m’accompagna jusqu’à l’autre rive du lac de magma et, après m’avoir fait juré sous le sceau de l’amitié de ne rien dire à personne de mon aventure, me laissa aux bons soins de la carte.

En émergeant du tunnel, je fus ébloui par le soleil au point de ne plus pouvoir ouvrir les yeux pendant quelques minutes car, durant mon séjour, je n’avais été éclairé que par le faible halo du magma et mes yeux étaient devenus très sensibles à la lumière. Je dus marcher un peu pour atteindre la route et, à la traversée d’un ruisseau, quelle ne fut pas ma stupeur en voyant mon reflet : où était passé l’adolescent un peu enrobé à l’aspect fragile que j’étais ? Mes bourrelets avaient laissé place à des muscles saillants et j’avais pris au moins cinq centimètres.

Une fois arrivé jusqu’à la route, un peu d’autostop avait réglé mon problème de transport. Je racontai à tous que je m’étais perdu et, heureusement pour moi, on me crut excepté quelques policiers pensant qu’il était presque impossible de rester perdu pendant un mois et demi (car c’était la vraie durée de mon absence). Mes retrouvailles avec mes parents furent très joyeuses parce qu’ils me croyaient enlevé et étaient déjà prêts à payer une rançon.

Depuis ce jour je suis devenu un zoologue spécialisé dans les espèces disparues reconnu dans son milieu et rends visite à Charles dès que j’en ai l’occasion. Je prévois d’ailleurs de le rejoindre très bientôt.


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