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revolunionpresentation @mariejuliegascon

(Crédit: Marie-Julie Gascon)

Révolunion: épisode 7

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Révolunion est une fiction. A moins qu’il s’agisse d’un récit d’anticipation.
Il va nous faire vivre de l’intérieur l’histoire d’une jeunesse réunionnaise prête à prendre son destin en main. Un évènement déclencheur va lui offrir cette opportunité et lui permettre d’inventer et de construire la société dont elle rêve.
Quatre voix nous racontent cette fabuleuse aventure. Quatre voix qu’un secret partagé lie à la mort, à la vie.

Épisode 7

– Je pense qu’il faut qu’on y aille tous et qu’on les empêche d’atterrir, qu’on se déploie par centaines sur la piste d’atterrissage, assis, debout, allongés… Il faut qu’ils repartent.  C’est plus net, plus définitif et c’est symboliquement drôlement fort… Mais faut les couilles… Pardon mesdames…

– Tu vas arrêter de dire n’importe quoi ! 

Trop tard, l’intervention de mon pater est tombée à plat et le regard du général Barret en a dit long sur l’idée partagée. Le silence qui a suivi aussi. Il est probable que pas mal de participants tournaient autour de cette proposition sans oser la formuler…

–  Alon !!! 

Le cri a fusé d’un peu partout dans la salle et à l’extérieur. Mais un vote s’imposait comme pour chacune des décisions qui était prise. Pour les plus urgentes, la règle de la majorité aux trois- quarts est acceptée alors que l’unanimité est exigée pour les débats plus longs.

Avant cela, Eric Dijoux a émis une dernière réserve :

–  Je reprends la parole… Ne soyez pas naïfs ! Il y a des tas de gens ici qui n’adhèrent pas à vos belles idées et qui sont les yeux et les oreilles de la France. Je suis persuadé que le chef de l’état est déjà au courant de vos intentions ! 

Le général lui a répondu :

 – Peu importe. A ce stade de l’opération, ils ne vont pas faire demi-tour et ils n’ont pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout. En tout cas, ils vont essayer… Le temps presse. Il faut voter ! 

La proposition a été acceptée haut la main après décision que ni les enfants des écoles primaires ni les gramounes ne feraient le déplacement. Les plus âgés garderaient les plus jeunes pendant tout le temps de l’opération. Femmes enceintes ou personnes handicapées choisiraient en toute conscience de participer ou pas.

Il restait maintenant à attendre les décisions des autres régions, mais pas mal de gens prenaient les devants par besoin d’anticiper mais aussi pour occuper leurs têtes à s’occuper les mains… Les participants quittaient peu à peu la salle et commençaient à mobiliser autour d’eux.

La commission « organisation d’urgence » était déjà aux manettes pour rassembler eau, nourriture et couvertures et la commission transport se partageait le travail entre covoiturage et réquisition de bus.

Il y a chez toutes ces personnes une sorte de savoir-faire millénaire qui me laisse toujours pantois…Quand la décision officielle est tombée, c’est un hurlement de joie et d’excitation mêlées qui est sorti de toutes les poitrines. Un peu d’angoisse aussi sans doute. Reine n’a pas pu s’empêcher de s’adresser une dernière fois à Eric Dijoux :

– Vous venez avec nous ?… Faire partie de l’aventure calmerait peut-être vos inquiétudes ? 

Eric semblait hésiter mais il a choisi finalement de ne pas répondre. Il en a profité pour se tourner vers moi et ajouter :

– Par contre, Tristan, j’en connais une qui ne me pardonnera jamais si je lui interdis de se joindre à vous. Je cours chercher Lian…

Chapeau quand-même et plutôt large d’idées, le père Dijoux…Le mien aurait pu prendre des leçons !

Les cars étaient là et les voitures avaient déjà démarré.

Mon père qui n’avait toujours rien compris et croyait encore à son autorité mal placée, m’a cherché une dernière fois et interrogé Reine .

J’étais parti à la rencontre de Lian mais j’étais suffisamment proche pour avoir entendu l’échange :

– Vous savez où est Tristan ?

– Ah non, je ne sais pas, Arnaud… Avec ce monde et tout ce travail à réaliser en aussi peu de temps, je l’ai perdu de vue… Il est peut-être rentré à la case.

– J’espère pour lui. Parce que si c’est mon pied aux fesses qu’il cherche, il va le trouver !

– Faites quand-même attention, petit père la douceur, il a 16 ans… C’est la pleine force de l’âge et de la rébellion !

– Je tiens encore mes troupes, faites-moi confiance… Je rentre… Vous m ‘accompagnez ?

– Vous rigolez… Eh, chauffeur ! Attendez-moi ! 

Deux minutes plus tard , elle me rejoignait.

–  Tu peux sortir du bois, Tristan… Complicité de fugue pour rallier un combat pacifiste, ça va chercher combien ?… Je ne sais pas si ça fait partie de l’arsenal juridique…

– Tout est à inventer, Reine !

Le trajet s’est déroulé dans une ambiance très particulière. Dans notre car les chants fusaient et s’entremêlaient… Du Maloya, des chants révolutionnaires, mais aussi de belles chansons d’amour.

Comme par magie, un kayamb, une guitare ou un accordéon diatonique sont apparus pour venir rappeler d’où l’on parlait et accompagner encore une fois une histoire complexe.

Quand Reine a entonné « Gran mer », cette chanson qui parle avec tant de douceur de valeurs ancestrales et d’amour absolu, la guitare l’a suivie et d’autres voix se sont élevées où perçait l’émotion et le bonheur d’en être. Mais à l’approche du point d’arrivée, les voix se sont tues. Chacun avait sans doute besoin de faire retomber la pression pour prendre pleinement conscience de ce qui se jouait et des risques encourus. Ils savaient tous qu’une fois sur le tarmac, ils ne pourraient plus reculer, que le groupe ne déciderait pas pour eux et qu’il serait juste question de conscience et de courage…Des petites choses qui ont parfois du mal à répondre aux appels du pied.

Et je sais de quoi je parle.

Croyez- moi ou pas mais je vous le jure, depuis ce jour, tout ce qui s’est passé avant n’a plus la même importance…Et je sais que les années à venir en garderont la marque.

C’est un temps suspendu.

Jusqu’à aujourd’hui, quelques minutes de cette drôle de nuit s’invitent en boucle jusque dans mon sommeil. Alors j’ouvre les yeux et je reste éveillé.

De peur que le ciel ne vire à l’encre.


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