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revolunionpresentation @mariejuliegascon

(Crédit: Marie-Julie Gascon)

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Révolunion: prologue

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Révolunion est une fiction. A moins qu’il s’agisse d’un récit d’anticipation.
Il va nous faire vivre de l’intérieur l’histoire d’une jeunesse réunionnaise prête à prendre son destin en main. Un évènement déclencheur va lui offrir cette opportunité et lui permettre d’inventer et de construire la société dont elle rêve.
Quatre voix nous racontent cette fabuleuse aventure. Quatre voix qu’un secret partagé lie à la mort, à la vie.

Prologue

Les parkings débordent déjà de monde au moment où notre car se gare devant l’aéroport Roland Garros de La Réunion. Quand le représentant du Nord prend la parole au micro, un silence impressionnant fait place à la bousculade bruyante de l’arrivée.

Un écran géant a été installé pour permettre à ceux du fond de suivre au mieux ce qui se passe mais ce n’est pas suffisant. Beaucoup de gens ont dû prendre place sur les artères adjacentes et tout le monde s’est assis spontanément. Les représentants de chaque région donnent les chiffres des manifestants. Reine annonce dix mille pour le Sud.

–  Et vingt mille pour les syndicats, c’est ça ? 

C’est Fred qui vient encore d’organiser le rire autour de lui. Sa bonne humeur fait un bien énorme.

Le représentant du Nord reprend la parole :

–  Nous sommes au bas mot trente cinq mille personnes ici ce soir… 

Un tonnerre d’applaudissements l’interrompt.

– On fait donc comme on a dit. Ceux qui se trouvent actuellement sur les parkings 1, 2 et 3 viennent sur le tarmac et s’installent allongés, bien collés les uns aux autres, non seulement sur les pistes d’atterrissage mais aussi tout alentour…On ne sait jamais. Tous les autres prennent place sur les parkings. Il faut leur montrer qu’on en a sous le pied. Pour l’éclairage, après bien des discussions, voilà ce qu’on a décidé : on laisse les pistes éclairées et vous gardez vos frontales avec vous mais éteintes pour le moment. Suivant le déroulé des opérations, on vous préviendra de les allumer ou pas. Denis, le contrôleur, nous fait savoir que les avions sont actuellement à une heure de nos côtes.

Dernier rappel. Ce n’est pas parce qu’on s’est inscrit pour participer à l’aventure qu’on doit se sentir obligé d’aller jusqu’au bout. On a tous droit de changer d’avis. A l’avenir ceux qui sont présents ce soir sur le tarmac auront besoin de relais.  Ce n’est pas le jeu des chaises musicales mais le jeu démocratique.

Il insiste encore :

– Alors n’hésitez pas. Nous avons besoin aujourd’hui de personnes sûres, qui ne vont pas paniquer et se mettre à courir dans tous les sens quand elles vont entendre le bruit des moteurs et apercevoir les avions au-dessus de leurs têtes. J’ajoute que, bien sûr, notre état major et toute l’équipe de l’aéroport sont actuellement dans la tour de contrôle.  Bon courage à tous…Allons-y, dans le calme et en silence. 

Cette mise au point semblait nécessaire.Vingt à vingt- cinq personnes se rangent sur le bas côté avant de revenir vers les parkings et d’être saluées chaleureusement par les autres.

Une demi- heure plus tard, tout le monde est allongé. Spontanément, les mains se tendent et les doigts se serrent.

Installée à la gauche de Tristan, Anita se tourne naturellement vers lui. Leurs visages se frôlent et sont éclairés par un doux sourire, celui de ceux qui ont conscience de vivre un moment exceptionnel. Tristan questionne son amie :

–  A quoi penses-tu, Anita ?

– Au chemin accompli et à celui qu’il va nous falloir parcourir.

– Tu ne doutes pas ?

– Non. Mais ma mère me sert de balise. Elle a tellement espéré ce moment sans pouvoir mettre un nom sur cette attente. Passer quarante de sa vie à se sentir insatisfaite et tout à coup pouvoir éclairer ce malaise et savoir qu’il peut disparaître, c’est un véritable sauvetage…Et toi?

Un bruit d’abord sourd et lointain met fin à la parenthèse. De légères pulsions envoyées ou reçues viennent confirmer les impressions isolées et d’instinct, le jeu d’enfance du courant électrique reprend sa place.

Les avions se rapprochent.

Pendant quelques secondes ils sont encore suffisamment loin pour qu’on puisse percevoir l’énormité du fossé qui sépare leur vacarme et le silence tendu qui règne ici.

Et soudain, ils sont là. Juste au-dessus des corps allongés. A si basse altitude que le temps d’un instant on pense qu’ils sont en train d’atterrir, que l’un ou l’autre s’est déjà posé et a écrasé des dizaines de personnes sans même qu’elles aient eu le temps de lancer un dernier appel.

Certains ne peuvent s’empêcher de laisser échapper un cri étouffé venu du ventre bien plus que du cœur mais personne n’a bougé, peut-être à cause des avant- bras, à droite et à gauche qui immobilisent d’un même élan les plus fragiles.

D’autres cris ont retenti, suivis d’un rappel bref hurlé à la cantonade : 

–  On se calme ! Ils savent ! Ils repèrent ! 

Une nouvelle mise au point militaire vient mettre un point final à ce besoin d’être rassuré :

–  Ils vont s’éloigner pour prendre leurs ordres…Mais attention, ils vont revenir ! 

Il a raison. Les avions repartent. Les présents au sol en profitent pour relâcher leurs muscles noués par la tension. Les propos sont rares et chuchotés par ceux qui ont repéré les moins solides à travers les regards embués ou affolés.

On apaise, on soigne, on promet…

–  C’est rien…C’est bientôt fini…Si ça se trouve ils ne reviendront même pas…Ils ont peut-être déjà fait demi- tour… 

Le hurlement des moteurs qui se rapprochent vient vite les contredire. Cette fois, des gémissements s’échappent des poitrines.

 


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